La (bonne) épouse qui trompait son mari

Je trompe mon mari…en gros, j’ai un amant…

Oui, depuis plus de 4 semaines…ça vous choque? Eh bien, sachez que moi aussi, ça m’aurait choqué, il y a 8 ans de cela.

Je suis une condamnée à mort…

Aujourd’hui, je suis une femme indigne, sale, impudique et impure. Je suis une femme à lapider, je suis une femme à bannir, je suis une femme à condamner à mort. Soit, mais je ne suis pas une mauvaise femme. Je sais que j’ai un bon fond…Je suis même croyante at pratiquante, mais le mal m’a aspirée, et je suis prisonnière de ces sentiments, coupables et contradictoires. Je suis partagée entre la morale, la religion, mes sentiments et la réalité. Je souffre!
Il s’appelle Mor, il a 42 ans, bel homme, très bel homme. Cheveux poivre et sel, qui témoignent de l’ingratitude de la vie. L’homme vieillit en se bonifiant. La femme vieillit en dépérissant. Mor est mon client. Mor est divorcé. Mor est mon amant, mais il est avant tout mon meilleur ami, par la force des choses. Mor a séché mes larmes, des milliers de fois. La première fois, il s’était délicatement approché de moi, quand, désemparée, je fondais en larmes dans son bureau, à notre 5ème rendez-vous d’affaire. Je venais de recevoir le coup de grâce, un message, sur Facebook Messenger.  Il avait doucement fermé la porte de son bureau, et m’avait prise dans ses bras. Et j’ai pleuré, longtemps. Je lui ai alors raconté mon cauchemar, le même que je vivais depuis 7 ans et 1 mois à peu près. Les photos coquines de la Enième maitresse de mon ‘’cher et tendre’’ et de mon cher et tendre lui même, envoyées par un faux compte Facebook sur mon ‘’inbox’’’, avaient eu raison de ma force légendaire… Une force louée par mes amies, mes cousines et même mes collègues, jetsetteuses attitrées qui avaient, pour la millième fois, croisé mon cher et tendre, Sweetish Candy Seck pendue à ses bras. Sweetish Candy Seck…Son Etat Civil, et ses noms officiels sur Instagram, Face et Snap étaient connus de moi comme je connaissais les 4 points cardinaux en CE1. Sweetish et mon cher et tendre ne se cachaient plus. Les DJ scandaient leur Duo dans toutes les discothèques branchés de la ville. Mon cher et tendre ‘’battrait’’ tout ce qui passait. Danseuse, chanteuse, chanteur, griot de seconde zone, et stars. Et chez nous, les marmites sonnaient creux, si je ne mettais pas les mains à la poche, et à la pâte. Non, mon cher et tendre ne voulait pas de domestique pour cuisiner. Moi, son épouse, je me devais de lui préparer avec mes deux mains, la nourriture qu’il ingurgitait, sans un regard, ni même un petit merci. Le regard…Parlons en…Il n’avait pas croisé le mien depuis si longtemps! Pardon, je rectifie…il arrivait que mon cher et tendre me jetât un regard. Mais ce regard indifférent, et même parfois méprisant, plus que des coups, me fendaient l’âme…Et parlant des coups, j’en recevais, tellement…Tellement que je me résignais à ne plus exprimer ma colère, quand il m’arrivait d’essuyer une énième humiliation de mes collègues et copines…Mon cher et tendre était même sorti avec ma stagiaire, que j’avais eu la malchance de recevoir chez moi un soir, pour un Bon à tirer à signer en urgence…Elle avait avait fini par partir, pour un meilleur plan de carrière, grâce à mon cher et tendre…Un poste aux Nations Unies.

« Ton mauvais mari » vaut mieux que « ton gentil petit ami »…

Mon cher et tendre était donc pingre à souhait, infidèle à volonté et violent, au sens propre, comme au sens figuré. Le concept de pervers narcissique me parlait, même si je préférais ignorer ‘’ces trucs de blancs’’. Chez moi, mon cher tendre ne parlait guère, et s’il lui arrivait de maugréer quelque chose, cela se passait après un salut des enfants, où d’un visiteur. Et pourtant, dehors, mon cher et tendre était si tendre! Le bon, le vrai, le valeureux, le généreux..Et ça scandait son prénom et Nom de famille dans toutes les cérémonies. J’avais un excellent mari, me disait-on, le meilleur des meilleurs, selon les griots de la ville…

Et pourtant…

A la maison, mon cher et tendre attendait tout, et ne faisait rien. Je lui avais facilité la tâche, ses tâches. Factures, loyer, scolarité des enfants, marché…Tout, je jouais à la pro-active, en début de ménage…Mais mes 2 enfants ont été la suite logique d’une motivation faite de mauvaises raisons. Ils devaient bien vivre, et je leur donnais les moyens pour y arriver. Mon cher et tendre donc, après 1 an de chasteté (enfin, je pense), avait repris son train de vie d’avant. J’ai été une épouse servie sur un plateau d’argent. La fille du meilleur ami de son défunt père. On ne s’aimait pas vraiment, mais étions liés par les liens sacrés du mariage…Autant dire qu’entre nous, des étincelles ont jailli de temps à autre, mais l’explosion n’a jamais été au rendez-vous. Le nirvana dont parlaient mes amies m’était inconnu. Les ascensions au septième ciel, à deux, étaient pour moi un mythe, et je m’étais résolue à accepter cet état de fait. Mais mon cher et tendre lui, goutait à tous les miels. Du mille fleurs à l’hibiscus. Sa virilité était la chose la plus connue chez les groupies Instagrameuses. Mon mari aussi est un homme à condamner à mort, techniquement, mais ça, la société s’en fout…
Et chez moi, le soir, c’était le désert total. Un désert…à quelques fines pluies prés, qui était fait de souffrances, de frustrations, de rejet et de manque total de confiance en soi, un manque d’assurance accentué par les coups…Des blessures, des cicatrices, des œdèmes, que fuyaient les regards de mes parents, quand, lasse, pour la Enième fois, je me suis présentais chez eux, trolley et gosses à la main. Ce même regard fuyant de ma belle mère…Je l’avais changé, non, son fils n’était pas comme ça avant…Et puis, je devais arrêter de le provoquer…Et puis, tous les hommes sont pareils, mon défunt beau père était pire…Et puis, je ne devais pas m’inquiéter, ces filles « passe-temps » ne seraient jamais introduites dans sa cour comme deuxième épouse. Elle s’y était toujours opposée. Je devais alors m’estimer heureuse, jamais, je n’aurais de petite soeur.
Et en choeur, la même rengaine: ‘’Rentres chez toi, et gères ton foyer. Demal seyyi!’’ (vas gérer ton ménage)
Sey! Lane moy sey?!  (mon ménage, c’est quoi en fait)
Ah! Cette vie commune où la femme n’a que des devoirs, et l’homme, que des droits? Sey?! Ou mascarade, forçage de concept, pour faire bonne figure et remplir un rôle, un rôle qui n’existe que de façade?
Je suis ainsi devenue la femme mal aimée et frustrée, aux yeux creux et au visage maigre. Je suis devenue cette femme qui sourit mais qui souffre. Une femme qui vit avec un colocataire…Non, pardon, un hébergé. Un hébergé qui vit à ses crochets au nom de l’autorité qu’il est censé représenter. Je me retrouve coincée dans cette comédie dramatique parceque tout le monde me pousse à vivre ce concept, pour faire comme tout le monde.

Concours de circonstances…qui se comprennent, mais ne s’excusent pas

Je suis devenue cette femme mal aimée jusqu’au jour où Mor a essuyé mes larmes, pour la première fois. Jusqu’au jour où il m’a écouté, et jusqu’au jour où il m’a consolé…Il m’a alors appelé tous les jours, pour voir comment allait son amie…Il me parlait alors de ces déboires, de son ex-femme, de ses beaux enfants…De ses déceptions et de sa conception du mariage. Il me donnait des conseils, m’orientait dans mes choix professionnels, me complimentait sur ma nouvelle coupe de cheveux…Mon cher et tendre ne remarquait même pas que je revivais. Sa vie nocturne et ses sommeils diurnes, ses deals qui marchaient où capotaient, sa nouvelle Cayenne en dédouanement, son container de ‘’venant’’, et ses innombrables conquêtes remplissaient amplement son quotidien. J’étais cette chose qui lui servait de compagne et de génitrice…

…Et pour Mor, j’étais la perle rare, la femme délicate et sensible, la femme la plus incroyable qu’il lui avait été donné de rencontrer, la plus belle personne qu’il connaisse, plus par l’âme même que par le physique…On se retrouva à un séminaire…C’est mon client…Sur la petite cote, le nirvana, l’ascension au septième ciel devinrent une réalité pour moi. La chair est faible. Dieu a dit, n’approchez pas. Malheureusement, que pouvais-je faire face à tout ce manque criard que je ressentais depuis si longtemps?

J’ai succombé à la tentation…
Je trompe mon cher et tendre, oui, mais je vais le quitter. Je vais le quitter, mais pas pour Mor. Pour lui, je verrais plus tard…Ma meilleure amie a raison. Il est temps de mettre de l’ordre dans ma vie..Et de me repentir…
Je sais, Mor m’aime, lui. Je sais que pour la société entière, je serais toujours la prostituée qui a commis l’adultère, et à coté, mon cher et tendre est un enfant de choeur, malgré ces jumelles qu’il a fait avec une prostituée de seconde zone, à notre 3 ème année de mariage…
Certes, je n’ai pas eu assez de caractère pour mettre un terme à ce mariage que j’ai été la seule à garder debout pendant 8 ans…Mais les choses sont claires, maintenant. Mon cher et tendre a fait ressortir le pire de moi-même. J’éprouve tellement de rancoeur pour lui, que de la même manière que mon cher et tendre m’aurait annoncé qu’il m’a trouvé une petite soeur, j’ai bien envie de lui annoncer que je vais divorcer pour un autre…Mais ça, la société ne me le pardonnerai jamais, la postérité non plus.

10 commentaire sur “La (bonne) épouse qui trompait son mari

  1. C domage la société donne tous les droits aux hommes au détriment d femmes 1lors que l adultère en islam est puni pareil pour l’homme k pour la femme. Ici un homme qui trompe sa femme on te dit mougneul Lilou yeufou goor la BO tassé sa seuy ndakh Lolou dague niak fayda ou on te dit amna droit ba 4 cone gèrel sa côté rek c triste mais la réalité de notre société

    1. On se laisse emporter par la facilité de la lecture et aussi par la réalité des faits, une société tout simplement hypocrite qui met la femme au second plan et lui impose toute sorte de dictats mais c’est bientôt la fin, les femmes l’ont compris certes un peu tard, leur destin est entre leurs mains.
      Merci pour cette excellente description de notre société.

  2. Belle plume. J’ai adoré la lecture. Vous décrivez avec précision la triste réalité de cette société sénégalaise qui oprime la femme, où la femme n’occupe pas sa place réelle. Parfois je me dis aussi que c’est dû au fait que la femme ignore sa religion ou encore que l’éducation qu’elle a eu à recevoir a fait de telle sorte qu’elle n’arrive pas à avoir confiance en elle et à prendre position, à prendre des décisions fermes au lieu de tout le temps subir.
    Merci Rabia, bonne continuation.

  3. Hate de lire la suite. Elle est brave…elle a beaucoup endure pendant 8 ans avec deux bebes. Je suis sure qu’elle aura le.courage de mettre de l ordre dans sa vie.j attends la suite….. Diery

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