Chronique d’une femme active et (im)parfaite… Partie 2

Adèle et Rihanna m’accompagnent en musique. Leurs voix me font du bien. Sur la corniche, la voie est fluide. Je pense à écouter les infos, mais me ravise. Franchement, pas de « supplément stress » pour ce matin. On a tous les jours droit au même lot de scandales financiers, sexuels, politiques et sociaux…Et comme le plagiat ne tue point au Sénégal, tout le monde fait la même chose, « Soubaka law » (matin bonne heure) , on nous bassine avec des faits divers, les uns plus incroyables que les autres. J’ai pris la décision d’arrêter de les écouter quand cette femme kidnappée et errant dans la « Foret des Almadies » m’a fait pleurer, et il parait QUE.… humm…c’ètait pas si vrai que ça, mais bon, on m’a juste dit…

Bref, je me contente de ma douce musique matinale, le temps d’éveiller mes sens….
Rond-Point Aimé Césaire, une longue file de voitures renforce la pression sur mon frêle esprit ; Je me rends compte avec effarement que je vais encore arriver en retard, au bureau. Mais, lasse, je prends mon mal en patience et en profite pour faire ce que je fais tout le temps, à la même occasion : Me maquiller. Je prends mon sac et cherche hâtivement : Le fond de teint….Crayon Khôl pour les yeux….Ah, je tiens le mascara, non ! C’est le rouge à lèvres. Inutile de dire que je joue au tirage au sort dans le sac, je ne peux pas regarder à l’intérieur, mes yeux sont rivés devant. Il ne manquerait plus que je cogne quelqu’un de derrière « Matinment » comme ça, et que je sois la grande coupable de ce grand crime du « cogner par derrière ». Eh oui, ici, on ne cherche jamais à comprendre, si c’est toi qui as cogné par derrière, t’es fautif ! Même si la voiture a reculé sur toi, non, c’est « toi là » qui a tort ! Alors, pour éviter toute accusation injuste sur ma personne, même si je ne suis pas une sainte au volant, je reste concentrée sur la route, et la partie droite de mon cerveau, elle, est concentrée sur la matière que ma main droite touche. Là, je reconnais le mascara et l’eyeliner….Et….Le blush, la petite brosse qui va avec, et, pour finir, The Ruby Woo, waw, Khalé pop! Ensuite, il faut que je trouve la brosse, pour mes cheveux. En attendant, les voitures avancent, doucement…Humm…J’ai encore le temps. Je me tartine le visage de fond de teint, surtout sous les yeux, produit chouchou, l’anti-cernes, histoire de cacher ces maudites poches, qui trahissent ma mauvaise nuit. Un coup d’éponge enduite de poudre libre…Voilà (mon rétroviseur me sert de miroir, en passant, FYI). Les voitures sont toujours au stop. Je peux me permettre ! Deux coup de crayons à l’intérieur des yeux…le rouge rétro matte, qui fait effet à tous les coups….

« Piiiiiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnpppp Pinpinpinpinpinpipiiiiiinnnnnnnnnnnnmpppp ». Oh mon Dieu ! Chititittt !!La IX35 qui était devant moi il y a 30 secondes, est maintenant à 500m!  Frein à main, accélérateur, et me voici derrière elle, à nouveau. Celui de derrière ne m’a pas ratée en tout cas. Ceux derrière lui non plus ! Ils m’ont exprimé leur impatience mais vraiment de la plus claire des manières ! Surement des stressées de la nature comme moi, avec chacune, ses propres frustrations, et sa propre histoire…Mais même le luxe de ruminer ses frustrations, le temps, la vie ne nous l’offrent pas… Nous courons, courons, courons, derrière quoi? Pour fuir quoi? M’a demandé, une fois, ma mère… »Bonne question! », lui ai-je répondu, te je me suis posée, et j’ai repensé à Jamel, qui courait, et qui demandait à son frère qui courait à coté de lui, « pourquoi tu cours? »…Son frère lui a répondu, « Mais je cours parce que tu cours! »… Je me demande bien si ce n’est pas à cause de ça que nous courons…parceque tout le monde court…Bref, là n’est pas encore la question, pour le moment, je me contente de courir, comme tout le monde… Mon matos, pardon, pour faire tendance, je rectifie , mon Meyke OP, est éparpillé un peu partout, sur le siège passager avant, à côté. Bon, déjà, là ça va ! Je ne suis plus si désagréable que ça à regarder. Le reste, je peux gérer en route. On roule mais vraiment doucement quoi ! C’est énervant, finalement. Je n’ai même plus le courage de regarder l’heure…Vous savez, quand vous êtes tellement en retard que finalement, votre cerveau,certainement pour vous protéger d’un pétage de plombs, vous met en mode « traaanquilos » (clin d’oeil à mes amis Ouagalais!)…

Dans ma tête, je peaufine une énième explication, à servir à mon boss. Je vois d’ici son regard hybride fait de résignation, de révolte, de perplexité, de septiscisme, avec un filet de désolation, le tout servi sur une moue de dédain qui me perce le coeur, everytime . Et pourtant, dans mon dernier mail (en réponse à sa deuxième mise en garde), je m’étais engagée à éviter les retards. Mais, comment faire ? Epouse, mère, et femme active. Trois boulots à plein temps et qu’on porte à plein temps sur les épaules…

4 commentaire sur “Chronique d’une femme active et (im)parfaite… Partie 2

  1. Magnifique, réelle, d’une tristesse dérisoire et poignante tant on n’y peux rien… Ça m’a fait plaisir de vous lire. Je m’y reconnais trop. A quand la suite? J’ai hâte.

  2. Très belle plume grande soeur. Merci de nous faire prendre conscience de l’étendue des tâches qui viennent avec ces 3 rôles que vous avez et la pression qui vient les différents boss’ aussi exigeants les uns que les autres (époux, enfants et employeur).

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