Chroniques

A nos morts, au nom de la liberté…

Mamadou,
Au fond de moi, j’ai toujours prié pour que ta mort ne soit pas vaine. J’ai toujours prié que, tous les jours, quelque part, un Sénégalais, ou même un citoyen du monde, ait une pensée pour toi : une pensée pieuse,  une pensée patriotique, ou, une pensée affectueuse. Avant ce soir fatal, tu étais un parfait anonyme, inconnu, après ce soir fatal, tu es devenu un héros, un martyr.

 

A ce qu’il parait, tu étais bon : il n’y a que les meilleurs qui partent. A ce qu’il parait, tu étais pieux : il n’y a que les meilleurs qui partent. A ce qu’il parait, tu étais généreux : il n’y a que les meilleurs qui partent. A ce qu’il parait, tu étais dévoué : il n’y a que les meilleurs qui partent, Mamadou.

 

Tu étais si jeune. Jeune, et pétri de principes. Ces mêmes principes qui t’ont couté la vie. Mais, Au Nom d’ALLAH, que j’invoque, je prie que ta mort ne soit pas vaine. Je le souhaite, au plus profond de moi ; et tu sais pourquoi ? Parce que, même si nul n’échappe à son destin, ta mort a été le symbole de l’injustice, de la loi du plus fort, de l’abus de pouvoir. Ce qu’ils oublient, c’est que toi, Mamadou, tu es untel, fils d’un tel, époux d’untel, et père de deux petites princesses, trop jeunes pour perdre leur papa. Ce qu’ils oublient, c’est qu’un mort, est toujours un mort de trop, et que toi, Mamadou, une femme  t’a porté durant neuf mois, t’a enfanté dans la douleur, et t’a aimé plus que sa propre vie. Et pourtant, eux aussi, ont une mère. Ce qu’ils oublient, c’est qu’un homme, t’a aimé, a sué, pour t’élever, et t’éduquer.  Et pourtant eux aussi, ont un père. Ce qu’ils oublient, c’est qu’une femme a quitté père et mère, pour te dédier sa vie, et son avenir, pour t’aimer dans les bons, comme dans les mauvais moments. Et, pourtant, eux aussi, ont une épouse. Ce qu’ils oublient, c’est que deux petits anges, innocents sont issus de vous deux, et  t’aimaient  comme une fille pouvait  aimer son Papa. Et pourtant, eux aussi, ont des enfants. Ce qu’ils oublient, c’est que toute une famille t’a aimé au plus profond de leur être, et avait  porté tout un espoir sur toi, un espoir qui s’est brisé, quand cette machine du diable t’a ôté la vie. Quand ce cruel individu a foncé sur vous, comme sur un groupe de fourmis.
Non, je n’ose pas imaginer le désarroi et la douleur que ta mort a causée. Je n’ose pas imaginer les larmes de tes deux petites filles, trop jeunes pour perdre leur père, de ton épouse, si jeune pour être veuve, de ta maman, qui a toujours, certainement, souhaité rejoindre l’au-delà avant toi ; de tes frères et sœurs, de tout ce monde, de tout ton monde.

 

Qu’on il fait de la dimension humaine de tout ce peuple dressé contre eux ? Quand un homme armé  fait face à un autre homme aux mains nues, et le tue, ça s’appelle de la lâcheté.

 

Du sang a coulé inutilement,  le sacre d’une mosquée, le sacre des prières ont été piétinés, tout ça pourquoi ?

 

Le jeu en vaut – il vraiment la chandelle ? Non Mamadou, ta mort, ainsi que celle des autres, ne doit pas être vaine, et ne le sera pas. Ta mort ne doit pas être oubliée, et ne le sera pas. Tu es allé rejoindre cette tante de Podor. Tu es allé rejoindre ce jeune anonyme, dont la tête a été trainée tel un ballon usé sur la chaussée, le corps dans l’intérieur d’un véhicule. Tu es allé rejoindre Malick BA, ce pauvre père de Famille qui était au mauvais endroit, au mauvais moment.  Rufisque aussi, a été endeuillé.  A la patte d’oie encore, une mère a pleuré son fils.

 

Mais, à vous tous, qui êtes partis, sachez qu’il ne s’agit que d’une question de temps, mais, qu’un jour, nous tous, nous nous retrouverons, réunis pour le grand jour, et, ce jour-là, les masques tomberont, les mensonges, dénudés, les traitres châtiés. Oui, ce jour-là, Mamadou, toi, et tant d’autres, ferez face à vos bourreaux,  devant notre créateur.

 

A tes proches, que Dieu leur insuffle la force de supporter ta perte, qu’il efface la douleur de leur cœur. Je finirais en priant pour toi, et pour toutes ces personnes qui ont péri, pour la démocratie, pour la liberté, qui ont péri par conviction, par passion. Que le Tout puissant vous accueille dans son plus haut paradis. Reposez en paix, chers patriotes. On ne vous oubliera jamais.

 

Ps : j’invite tous ceux qui lisent ces lignes, à fermer les yeux, juste pour 5 secondes, et prier Dieu qu’il les gratifie de sa miséricorde, et qu’il les accueille dans son paradis.

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