Chronique d’une femme active et (im)parfaite… Partie 5

Le bouleversement….

22H38…Je sors enfin de la salle, éreintée. J’appelle Daba, la ménagère. Oui, les enfants ont mangé, oui, le petit va mieux, non, il n’a pas eu de fièvre, Oui, Monsieur est rentré. J’ose à peine lui demander de me le passer. Finalement, je me ravise. Je l’appelle directement, et lui parle ‘’timidement’’, priant intérieurement qu’il ne me « raccroche pas au nez ». Sa voix est neutre. Ouff ! C’est mieux que rien !
Je roule à grande vitesse. Juste envie de me blottir dans les bras de mon chéri (hypothétiquement). Je pense aux enfants. Cela fait 3 jours que je n’ai pas passé avec eux plus de 30 minutes. Mon cœur se serre. Le goudron, devant moi, se métamorphose, littéralement, mon matelas, si moelleux, ma couette, si chaleureuse, mes oreillers, mon souffle, sur l’épaule de mon cher et tendre époux, les doux battements de son cœur, et cette lumière qui illumine mon rêve….et ce bruit assourdissant que j’entends de loin, de plus en plus loin, de très loin….

Les bruits des sirènes, les cris, je les entends de loin. Cette femme qui pleure, je l’entends de loin. Ces hommes qui parlent, je les entends de tellement loin. Ils me parlent, mais moi, je ne peux pas leur parler, je veux bien, mais je ne peux pas…Ils me demandent si je les entends…Je veux bien leur répondre, mes membres ne réagissent pas. Mais j’ai mal, très mal…Je suis dans un rêve…Sombre…Non, je ne rêve pas. J’entends les voix, je sens mon corps qui bouge, et le bruit de la sirène, de cette voiture qui démarre en trombe, et moi, à l’intérieur. J’entends cet homme qui me parle, qui me demande de m’accrocher, mais je ne peux pas lui répondre. …J’ai mal…Sa voix s’éloigne, elle s’éloigne, et s’éteint, peu à peu, telle la nuit après le jour, tel le coucher de soleil, si beau, qu’on veut éternel, mais qui s’en va, inéluctablement…
Combien de temps suis-je restée, dans ce monde qui n’existe pas ? Dans ce monde où le silence est roi, où les rêves s’éteignent, où les sorts sont ficelés, où rien n’existe, à part notre souffle, et peut-être notre esprit, en hibernation. Ce monde inconnu, même pour ses propres visiteurs. Ce monde, c’est ce sommeil profond, ce fil invisible, qui sépare la vie de l’au-delà. Ce monde, c’est celui dans lequel rien n’existe, ni le temps, ni l’espace. Ce monde qui fait si peur, et qui fascine. Je ne sais pas…

Je regarde autour de moi. Où suis-je ? Peut-être avec les anges ? Où suis-je ? Personne, autour de moi. Tout est noir…J’arrive à bouger, mon bras, ma jambe. Je les soulève, tour à tour…Je me sens si lourde. Je n’ose pas parler. Et si j’étais passée de l’autre côté de la rive, au royaume des muets, des éternels endormis? Où suis-je ? J’ai si peur. Je commence à pleurer. Tout est noir, autour de moi. Je fais un effort pour me lever, j’ai mal, mais il faut que je sache. Où suis-je ? Mes larmes coulent, intarissables. J’ai si peur ! Et mes enfants. Où sont-ils ? Mon mari ? Et s’ils étaient partis, m’avaient tourné le dos, et m’avaient laissée seule, seule dans l’autre monde ?
Soudain, un bruit, une lumière, une silhouette. Une ombre blanche, qui s’approche, s’approche, et me sourit! Un beau visage, au sourire éclatant me donne la réponse. Je suis bien restée au royaume des vivants…Elle me sèche mes larmes, et me parle. Il est 3 heures du matin, ils sont tous partis. Elle le leur avait demandé, et leur avait promis de les appeler, si jamais je me réveillais. Oui, ça fait relativement longtemps que je « dors », depuis 8 jours. Ma voiture avait fait un ‘’tonneau’’, après avoir heurté le rebord du tunnel. Je me suis endormie au volant…

Je pleure, de tristesse… et de peur. Je n’en ai aucun souvenir…Ma journée, je la revis…J’avais été éreinté. Je me revoie sur la corniche, au volant, au téléphone, j’ai raccroché, et puis, un grand trou noir, un black out total….

 

Dans le silence de la nuit, j’aperçois, pour la première fois, les étoiles qui brillent, la lune qui leur tient compagnie, et, je me demande, où encore, quelque part dans cette vie, une âme est-elle en train de prendre vie, tandis qu’une autre, elle, s’éteint, et s’envole, vers une autre destinée, furtivement…elle fuit. Dans le silence absolu, ce noir profond, ce calme effrayant et réconfortant, je me demande pourquoi….
Suis-je dans une de ces périodes sombres de l’existence? Ces périodes de doutes…Suis-je à ce tournant décisif de ma propre histoire, à cette croisée des chemins, ce carrefour, qui nous tord l’esprit, pour nous imposer un choix, que l’on a pas envie de faire, mais qu’on « DOIT » faire. Cette heure, ce moment de choix, sonnant comme le glas, d’une page trop pleine, que l’on se DOIT de tourner. Ce choix que rien, ni personne, ne fera à notre place. Suis-je arrivée à ce moment du grand rendez-vous, ce rendez-vous avec mon destin, ce rendez-vous avec mon histoire? Oui, je suis seule, seule face à ma vie, seule face à mon destin… Je pense à ce côté éphémère de la vie…où tout peut basculer d’un jour, d’une heure, d’une minute, d’une seconde à l’autre…En y repensant, elle n’a pas de sens, la vie. Oui, on peut trépasser à n’importe quel moment, et comme on dit, « Yalla wakhoul kene dara » (Personne n’a le monopole d’être informé par le plus Haut) , « kene khamoul kagne la, fane la, ak naka là » (Personne ne sait quand, où, ni comment on va mourir). Pourquoi passe-t-on du temps à nous faire du mal, à nous dire du mal ? Pourquoi passe-t-on notre temps à nous battre, à ‘’mettre de coté’’, à nous « serrer la ceinture », alors que le temps qui nous est imparti, nous ne le maitrisons pas. Le programme de Dieu, nous ne le connaissons pas. L’homme de nature, a « la mémoire courte », pour traduire littéralement l’expression en wolof. Certains événements nous interpellent, mais jamais pour longtemps. Nous pensons toujours que la mort « n’arrive qu’aux autres », et pensons, à tort, que nous avons « toute la vie devant nous », alors que nous ne maitrisons strictement rien. Tout cela me fait peur. Je repense à cet ouvrage qu’une infirmière américaine a publié, et qui recense les 10 plus grands regrets des gens, en fin de vie. Avoir trop travaillé dans sa vie, ne pas avoir assez « vécu », pour soi, et pour son entourage, constitue le premier plus grand regret. Je repense à ce sage à qui on demanda un jour ce qui le surprenait le plus chez l’être humain, il avait répondu ceci « Il perd sa santé à faire de l’argent, et par la suite, perd son argent à restituer sa santé. En pensant au futur, il oublie le présent de sorte qu’il ne vive ni le présent, ni le futur. Finalement il vit comme s’il n’allait jamais mourir et meurt comme s’il n’avait jamais vécu. »

Equilibre…Equilibre… me chuchote mon inconscient. La petite voix de mon moi profond me challenge. Il faut le trouver, cet équilibre, il faut y arriver, pour survivre, spirituellement… Que faire ? Renoncer ou continuer ? Abandonner ou garder le même cap ? Que faire ? Je ne sais pas.

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