Lune 3
Chroniques

Weerou Koor, à la Sénégalaise…

Ramadan qui affiche nos divisions les plus profondes alors que nous sommes de la même communauté, croyons au même prophète, partageons le même coran et le même Islam. Ramadan où l’on apprend l’existence de croissants lunaires logiquement identiques, mais différents puisqu’il se voit deux voire trois jours d’affilée dans des localités différentes. Ramadan où les mosquées sont « insolitement » remplies, les night-clubs et restaurants vides, les salles de sport désertes, et la corniche, devenue club de sport publique, complètement abandonnée. Ramadan où les petits et grands bobos réapparaissent comme par magie, et, dispense à leur pseudo victimes cette corvèe. Ramadan où la ménagère respecte scrupuleusement ses 5 « Wakhtu », se prosternant de façon hésitante, son foulard transparent cachant à peine ses avant-bras (ce qui prouve qu’elle ignore les règles de bases), et égrenant en illimité un chapelet visiblement peu utilisé. Ramadan des « soth »*, ramadan où les pâtisseries et épiceries refusent du monde, dès le début de l’après-midi, où les croissants, jambon, saucisson, fromage, jus de fruits, petits pains se vendent « comme des petits pains ». Ramadan où un père de famille dépense plus là où il aurait du dépensé bien moins. Ramadan où tous les jours, c’est vendredi pour les collègues , question habillement, les gagnilas, brodés, penjabe, soie et pagnes « travaillés » rivalisent de beauté, Ramadan où toutes les tête féminines sont quasiment couvertes, Ramadan qui met en évidence, sans équivoque, l’esprit de « circonstance » qui nous habite nous sénégalais.
Ramadan qui éprouve le croyant, surtout homme, qui est contraint de baisser le regard sur un passage du « dangal » d’une nymphe qui a fait le choix de ne pas « casser le rythme », et qui se dandine sans pudeur, se tapant royalement des regards hypocritement désapprobateurs de tous ces hommes qui fuient la tentation du diable. Ramadan qui éprouve la croyante, la contraignant à délaisser faux cheveux naturels, faux cils, faux teint : khessal (ou leeral), fausses hanches, faux ongles, dangal, décolleté, taille basse, bref tout ce qui la fait. Ramadan qui contraint les croyants, hommes et femmes, à délaisser tout plaisir illicite, soirée Sénégalaise, discothèque international, retro, plage, coupé décalé… Bref, Ramadan, qui contraint les croyants à suivre le chemin imposé par l’islam et qui ne dure que le temps d’une lune.
Ramadan qui est attaqué en force par les croyants, mais, délaissé petit à petit au fil des jours, des semaines, car le naturel reprend toujours ses droits, même quand il est chassé de force. Les mosquées désemplissent alors, les night-clubs, Lounge, et restos se « Reremplissent », la preuve, notre Las Vegas dakarois qui s’étend tout au long de Ngor-Almadie affichent soirées : 15 Aout, plages, et discothèque international, car, en bon businessmen, ils connaissent bien leurs habitués.
Ramadan où les nourritures s’entassent dans le frigo, où on cuisine plus qu’il ne faut, où on mange avec ses yeux plutôt qu’avec sa raison. Ramadan où la faim nous tenaille les entrailles, où, à partir de 13h, on devient de moins en moins productif, plus nerveux, plus réceptif au stress. Où on prend conscience de la souffrance de tous ses démunis qui ne mangent jamais à leur faim. Où on guette l’heure de descente comme si on sonnait notre libération, où, dans la circulation, on assiste souvent à des spectacles insolites, des bagarres insensées, car tous les esprits sont surchauffés. Ramadan, où, nous, femmes, devons « faire jusqu’à ce que ça soit bien » (defar ba mou bakh) c’est-à-dire un ndogou princier quotidien (malgré une rude journée) pour notre « Aladji », et, pour nos Goros, un Ndogou Royal, digne de ce nom, digne de leur position privilégiée. Ramadan qui renforce les liens familiaux et de bon voisinage, grâce au « soukeurou koor », un petit geste plein d’attention et de considération (mais qui, dans certains cas, vire à l’ostentation), ou encore aux invitations de ndogou qu’on se fait.

Ramadan qui en dit long sur Nous, notre façon d’agir, de penser, de nous comporter, qui montre comment nous sommes des personnes de circonstance, qui nous adaptons à toutes les situations ponctuelles, mais qui n’avons aucune rigueur dans notre quotidien, qui nous efforçons de maintenir une ligne de conduite des plus normales pour une durée très déterminée, mais qui retournons à nos habitudes dès que le couvre-feu est levé, prouvant ainsi que nous n’avons aucune conviction dans nos croyances ; nous sommes en majorité des musulmans de naissance, de circonstance, ayant vu nos parents pratiquer et évoluer sans chercher à mieux connaitre ni à mieux comprendre notre religion. Hors Ramadan, les mosquées sont honteusement vides, les lieux de débauche honteusement remplies. Les dangals et arsenal au gout du jour, les yeurè wolof réservés exclusivement pour les vendredis…
Nous devons prendre conscience d’une chose : certes, la religion est une chose très intime et très personnelle, mais, la foi et la conviction sont des éléments essentiels. Faisons alors les choses pour l’amour de Dieu, pas par circonstance ni par poids social car Dieu sait plus que nous même ce qui est dans notre cœur. ..
Et, pour finir, méditons sur ces paroles divines « … il est mieux pour vous de jeûner; si vous saviez !!! »

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