Chroniques

Votre liberté est ma prison, votre prison et ma liberté,

Dakar, Immeuble La rotonde, place de l’indépendance, le 22 octobre, 15 heures,
Je ne suis toujours pas remise de mes émotions, ce que j’ai vu m’a choquée, au plus haut point . C’était tout simplement surréaliste, insolite…d’une absurdité révoltante…Et pourtant, ça c’est réellement passé, à quelques encablures des ô combien symboliques emblèmes de la république : Le palais présidentiel, la Police centrale et le ministère de l’intérieur…
Ils étaient si nombreux…à hurler, des mots inaudibles, de là où nous étions… Et quand, le vacarme devint proche, nous nous penchâmes et collâmes nos fronts sur les vitres, pour regarder en bas : Etant des femmes, et ayant pensé à nos proches, nous avons jugé plus judicieux de rester entre nos 4 murs et de regarder le « espectacle » de loin. Nous n’allions pas risquer nos vies devant des humains dont la passion a pris le dessus sur la raison.
Anta, ma collègue, essuya mes larmes, qui coulèrent instantanément. Sous nos yeux, ma belle Range Rover Sport*, rouge prune, intérieur beige, celle que j’ai acquise il y a à peine 3 mois, à coût de prêt, de plusieurs millions, était entrain d’être transformée en bouillie, sous mes yeux, impuissants…ça a commencé par des petites larmes, de douleur et d’impuissance, ça a fini par de violents sanglots… J’étais seule, face à cette voiture, mère de toute ma fierté, de tout mon épanouissement du moment. Je me rappelai le jour où je la baptisais, le jour où je l’emmenai chez mes parents, le jour où je la présentais à mes amis, le jour où je l’emmenais à la plage, pour la « sangue », contre le mauvais œil, et les mauvaises langues… L’eau de mer devait être diluée…Parce qu’autrement, comment ma Range chérie pouvait périr ainsi, sous les coups enragés de tout ce monde, essentiellement fait de jeunes, qui cassait tout sur son passage. Je pleurai davantage, et, autour de moi, on aurait dit des funérailles. Chaque coup de barre ou de pierre donné à un véhicule était ponctué par nos cris. Et le pire, c’est qu’on dirait qu’ils ont une préférence pour les 4X4 et les voitures neuves. Aucune n’a échappé à leur folie enragée. On était CHO-QUES.
Qui va rembourser, pour les réparations ? Sûrement pas l’assurance. Je fais appel à un huissier, pour un constat…(Hypothétique), essayant de m’accrocher à ce brin d’espoir, juste le temps de calmer ma peine…J’essaierai d’envoyer la facture amèrement salée à Mr SALL, ou Mme TOURE…sachant qu’ils ont déjà assez à faire entre les casses, les démonstrations de force, les cas de blanchiment d’argent, de viols, d’actes contrenature, de pédophilie, de drogue, de détournement de fonds, bref, toutes les actions qui marquent la très vendue et promue « RUPTURE » (j’ai dit rupture ?!, oups…).
Euh… la rupture s’est vraiment (plutôt !) faite sentir ce matin, au moment où nous, pauvres et insignifiants pions dans cette machine qu’est l’Etat, nous faisions agresser, impuissants…Avant le 23 mars, les forces de l’ordre « FEULLAIENT* », jaillissaient de nulle part au premier jet de pierre. Aujourd’hui, une rue entière est passée au pilon, sans qu’on n’aperçoive même un casque. Wala, c’est peut-être le stock de grenade lacrymogène et autres outils de représailles qui est épuisé car il faut avouer que l’utilisation avait été très poussée et…trèèèès abusive….
Mais ! Où est la police ??!! Quand des jeunes fous détruisent NOS biens : véhicules, baies vitrées, devantures d’immeubles, banques, commerces, bus ??? Où sont-ils, quand ce vendeur de café se voit voler sa bouteille de gaz ? Où sont-ils, quand ils volent, à l’intérieur des voitures cassées ? Quand nous, nous subissons un sort, quand ils nous font payer quelque chose qui ne nous CONCERNE AUCUNEMENT ? Où sont-ils, quand ils nous menacent ? Quand, en vague déferlante, ils cassent tous les véhicules, de part et d’autre de la rue, d’honnêtes citoyens, qui ne demandent qu’à vivre tranquilles. Quand, de l’intérieur de notre immeuble, à travers les vitres, nous les voyons prendre un grand élan et se jeter sur la baie vitrée avec une grosse barre de fer rouge. Il y en avait même un avec un « Hilère ». Je me retrouvais subitement dans la série télévisée qui a marqué notre jeunesse : « Hercule », et même « Xena la guerrière ». Bref, pour en revenir aux faits, aujourd’hui, nul ne peut prétendre vivre en sécurité. Nul ne peut prétendre confier son sort aux forces de l’ordre.
Nous, population Sénégalaise, ne sommes ni de près de loin concernés par cette affaire. Si l’Etat cède, demain les lutteurs sortiront pour faire libérer LUC. FORCE RESTE A LA LOI. Nul ne peut être au-dessus de la loi. Nous sommes toujours entrain de payer les dérives et le laisser aller de la première alternance. Ce type d’évènement me fait encore penser à un fait : nous avons connu la démocratie un peu trop tôt. Une démocratie au nom de laquelle tout le monde peut se réveiller et mettre le feu sans être inquiété. La culture de l’impunité commence à s’ancrer chez nous…Nous n’avons même pas vu l’ombre d’un agent, personne. Nous n’avions alors que nos yeux pour pleurer.
Si nous ne faisons pas attention, ce qu’on peut considérer comme une petite étincelle enflammera notre frêle pays, de plus en plus fragilisé, par le laxisme ambulant…Et, pour rappel, il existe 3 pouvoirs : le pouvoir Exécutif, le pouvoir législatif, et le pouvoir judiciaire, censés être séparés, et autonomes, oui, AUTONOMES.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *