Chroniques

Toumouranké…Seule face à ma misérable vie…

Le soleil surplombe, je transpire, je suis fatiguée mais surtout abattue, découragée, triste. Que faire, ma fille de deux mois souffre, je la porte dans mon dos, en même temps que ses douleurs, que moi aussi je ressens, mais dans mon cœur, je suis impuissante face à ce petit bébé qui visiblement a mal, mais que moi, sa mère, je ne peux pas soigner.
Mon bras est engourdi, à force de tenir l’ordonnance, que je tends dans le vide, dans l’espoir de voir quelqu’un m’accorder un regard, une attention, une parole. Mais non, tout le monde est indifférent à ma détresse. Je panique de plus en plus, ma fille suffoque, son asthme la fatigue. Elle se tord de douleur, elle souffre en plus de troubles de digestion. Oh mon Dieu ! Que faire ? À bout de force, je vais m’assoir sur une brique. Et je réfléchie. Je pense à ma vie, et mes larmes coulent. Qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter cela ? On m’a toujours dit, qui sème le vent récolte la tempête, et je pense que j’en ai quand même semé, et aujourd’hui, je paye les peaux cassées, mais le pire, c’est que je les fais payer à ma petite fille qui n’a pourtant rien demande. Elle est le fruit d’un amour défendu. Son père et moi ne ‘’pouvions’’ pas nous marier, selon nos parents, malgré 8 ans d’amour. J’ai alors pensé que faire un enfant allait changer les choses, mais, résultats, son père ne l’a pas reconnu, et m’on père m’a chassée de la maison. Il ne veut plus me voir. Je suis allée vivre chez une amie. Mais je dois me prendre en charge toute seule, mon enfant et moi, mais comment ? Le comble du malheur, c’est que ma fille est tombée malade, ce qui me torture.
A l’hôpital, tout est payant. Existe-t-il un système social pour aider les démunis ? Si oui, je ne le connais pas. Je dois payer la consultation, les médicaments, les radios, les analyses. Mais sans revenus, comment vais-je faire ? Laisser ma fille mourir parce que je n’ai pas les moyens de la soigner ? C’est terrible… Je regarde l’ordonnance : 21 456 frs, les analyses : 33 000 frs, la radio : 7 500 frs. Comment vais faire, mon Dieu ? Les remords me rongent, si j’avais su…Aujourd’hui, malgré que mon enfant ait un père, malgré que moi, j’ai une famille, des amis, je suis seule, seule face à ma vie, à mon destin, et au destin de ma fille qui vacille. Pourquoi, pourquoi nous, les pauvres, ne pouvons nous pas bénéficier de soins gratuits ? Les hôpitaux spécialisés sont trop chers pour nous les pauvres, les médicaments aussi. L’accueil dans ces unités nous donne envie de pleurer, tellement courtoisie et respect y sont des principes inconnus. Mais le constat est là, au Sénégal, quand on n’a pas d’argent, on ne se soigne pas. A moins de travailler pour une grande société, qui propose des systèmes d’assurance ou des IPM. Les soins sont chers. Dans les dispensaires qui proposent des tarifs subventionnés, il y à même des ruptures d e stock de compresses ou d’alcool. Mon frère lui a failli devenir handicape suite à une injection de paluject, le ‘’pseudo’’ infirmier avait touché un nerf. Il lui a fallu des séances chez un spécialiste pour retrouver l’usage de sa jambe. Dans un pays ou le taux de chômage et la pauvreté son si élèves, pourquoi n’existe t-il pas un système de sante adapté ? Les autorités se rendent elles compte de combien et comment les gens souffrent ? Dans leur chair, dans leur âme, quand eux, ou leur proches, sont entre la vie et la mort, sans pouvoir se soigner ? Ces mêmes autorités ne connaissent certainement pas cette souffrance, cette situation. Eux, se font soigner dans les cliniques, achètent sans aucun soucis les médicaments, font faire leurs analyses dans les plus grands laboratoires, bénéficient des meilleurs soins. Nous, le bas peuple, faisons la queue pendant une journée pour nous faire consulter dans des salles vétustes et insalubres, nous faire perfuser, nous, ou nos enfants, dans la cour de l’hôpital, nous faire gronder par une infirmière ou un vigile aigris. Saigner, nous endetter, mentir, nous abaisser, mendier pour ne pas laisser la mort s’emparer de nos âmes. Jusqu’à quand ? Il faut que ca change, car on souffre. Gorgui, on souffre, les sénégalais souffrent jusqu’au plus profond de leur être, ils vivent un malaise de plus en plus insupportable car le minimum, qui constitue l’accès aux soins, est un parcours de combattant, qui use le corps et l’esprit.
Je ne peux pas trouver du travail, personne ne me fait confiance car je suis un « cas social » susceptible de leur voler. Personne ne prête attention à mes interpellations car il existe milles femmes et même hommes comme ça, qui abusent les piétons avec des histoires si émouvantes… mais fabriquées de toutes pièces. Les gens ne veulent plus se faire avoir, et ces faussaires nous pénalisent car il existe des gens comme nous, qui sommes vraiment dans le besoin. C’es devenu compliqué et comme disent les jeunes ‘’dund bu dee guene’’, une vie pire que la mort.
Je me dirige vers une maison, dans l’espoir d’être écoutée, ou, au pire, utiliser les toilettes, changer ma fille, la laver. Ca fait deux jours qu’on ne s’est pas laves, elle pleure car elle a faim, mais moi, je n’ai plus de lait, je n’ai même pas de quoi me nourrir. Je suis devenue maigre et crasseuse. Je sonne, une voix s’élève, derrière la porte, pour demander qui c’est. D’une voix hésitante, je réponds que j’ai juste besoin d’utiliser les toilettes, mais c’est la voix me fait comprendre que ses patrons ne sont pas là, et quelle ne doit ouvrir la porte à personne. Je m’assoie alors sur le trottoir, pleurant avec ma fille. Je me relève, brave la chaleur, ma fille dans mon dos, avec ses habits sales, sa faim, sa maladie, moi, ma faim, ma fatigue, ma soif, ma tristesse…et mon désespoir… Définitivement, ma vie est pire que la mort, mais je n’ai pas le droit de baisser les bras, ma fille à besoin de moi…
Madame !!!…Elle se retourne, me regarde, m’écoute…Pourvu qu’elle me croit…

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