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Courant Coupéna!!!

20H42, je joue tranquillement avec mon enfant, profitant des maigres moments que je passe avec elle, me delectant de son rire, riant à gorge deployèe, entendant, d’une oreille distraite, les infos que mon mari, lui, suit avec une concentration extreme. Bintou, la mènagère, est, elle, obnibulèe par « Marina » que Ricardo ne cesse de supplier pour revenir avec elle et par le meutre non encore elucidè de Laura. Mon frère, quant à lui, est en pleine discussion sur skype, défilant et uploadant ses photos sur facebook, wizzant sur MSN. Bref, un tableau classique d’une famille lamda senegalaise que notre chere COUPELEC va briser un 1 TEMPS, 1 MOUVEMENT.
D’une seconde à l’autre, on ne se voit plus, et, chacun y va de son exclamation : les OH !!!, les AH !!! LES CHEUEEUTTT !!!! et le DAMN !!! rivalisent de longueur et d’intensitè. Tout le monde est degoutè parceque tout simplement, l’electricitè est devenue une necessitè vitale. Un minimum qui, plus est, est très très très loin d’etre gratuit.
On commence alors à se tourner les pouces, mon frère, qui avait commencè à concrètiser avec une bombe de facebook au moment des faits, en veut à la terre entiere. Bintou, qui suivait avec un interet demesurè l’interminable suspense du denouement du meutre de Laura est complement abattue car elle sait que meme la rediffusion est très hypothetique. Mon mari, quant à lui, se lance dans une speech interminable avec mon frère, empreint d’une amertume et d’un degout certains pour cette societe sencèe nous apporter de la lumière et qui nous plonge dans les tenebres.
Pour ma part, pour la première fois depuis mes debuts, je prends une bougie, ouvre la commode, cherche peniblement une stylo et tombe par hasard sur un repertoire vide. Je me lance alors sur ces lignes assise à même le sol, éclairée par la flamme tremblotante d’une bougie, comme au moyen age.
Je pense alors avec amusement à Kouthia et à son freestyle dediè à Samuel, à qui il promet des coups de cravache electrifiès, je pense aux tailleurs qui refusent de payer leurs factures, aux imams qui ont decidè de descendre dans la rue, à toute cette masse populaire qui, n’en pouvant plus, s’est transformèe en rebellion qui casse tout sur son passage, faisant exploser sa colère longtemps accumulèe par une misère sans nom. A ce jeune Abdoulaye, mort dans des circonstances accablantes, selon le rapport d’autopsie, pour la police. A ce milliard de francs investi durant la coupe du monde pour éviter les coupures. A ces milliards injectès dans la construction de notre cher monument et dans le cinquantieme anniversaire de notre independance. Je pense à tous ces milliards investis dans de très belles routes, vue sur mer, qui, finalement, ne sont meme pas eclairèes. Et, devinette entre parenthèses : un sénégalais meurt de faim, peut-il se nourrir de goudron ?
Je pense à toutes ces micro entreprises, ces acteurs de l’informel, qui ne peuvent assurer la DQ, faute d’electricitè. Ces salons de coifure, couture, à tout ce monde qui reste des journèes sans realiser de chiffre d’affaire, et qui, à la longue, met la clè sous le paillasson.
Je pense à ce poisson, cette viande qui risquent fort de se décomposer dans mon frigo, à cet argent, donc, jetè par la fenetre Je commence à m’enerver à cause du bruit assourdissant du groupe electrogene de notre voisin, qui nous enfume, nous rechauffe davantage en plus de nous déranger au plus haut point au moment où les gens n’ont qu’une envie, trouver le sommeil dans ce cocktail exaspérant d’inconfort, fait de chaleur, de la chorale nationale des » yoo » et d’obscurité, il ne manquerait plus que le chant des grillons pour qu’on se croit à la campagne. Je pense à la banlieue, qui, en plus d’être sous l’eau verdâtre, vit quotidiennement dans les tenebres. Je pense alors à la renaissance africaine qu’on prone et je me rends compte qu’elle est meme plus lointaine qu’une utopie, qu’un reve. Mes pensèes vont vers toutes ses infrastructures, cette corniche si bien amenagèe, ce trajet, si long jadis, et qui me prend maintenant 10 mn pour arriver en ville, ces hotels luxueux, ces residences uniques dans toute l’afrique de l’ouest et mon cœur se gonfle de fiertè ; je reviens alors très vite sur terre car, car, quoiqu’on dise, le paradoxe entre luxe et misère est trop flagrant dans ce pays « emergeant », en « voie de develloppement », eclairè à la chandelle…
…Et là, la phrase préférée du moment des sénégalais me sort de mes pensées : AH !!! COURANT NIEUWNEU !!!

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